YVES DUVAL
PHOTOGRAPHIES

Novembre 2025
A l’occasion d'un nouveau séjour photographique à la découverte du littoral métropolitain, je viens de poser mon sac photo en Charente Maritime, un peu au sud de l’embouchure de la rivière du même nom.
C’est un morceau du littoral qui ne m’est pas familier. J’y avais déjà passé quelques jours en été, mais la pression touristique nuisait alors à une pleine immersion dans ses paysages. Ce second passage, en novembre, change complètement la perception. La densité humaine est beaucoup plus raisonnable et permet de découvrir des sites naturels de toute beauté.
En préparant mon voyage, j’avais repérer de nombreux spots photos avec une grande variété de paysages. Il y a tout d’abord le littoral, partagé entre dunes et forêts, emblématique de la côte atlantique. Même si Oléron et la pointe de la Coubre ne peuvent concurrencer la célèbre dune du Pyla, leurs cordons dunaires à perte de vue offrent une sensation d’espace et de dépaysement remarquable. D’autant plus en arrière-saison. Il est possible d’y marcher des heures sans croiser âme-qui-vive.

Autres paysages typiques de cette côte, les marais de Marennes et d’Oleron. Cette marqueterie d’eau et de terre est ici magnifiée par les touches de couleurs des cabanes ostréicoles. Et si leur utilisation s’est parfois éloignée du travail de la mer, on y sent pourtant l’attachement viscéral à les préserver et les faire vivre.
Le patrimoine humain est d’ailleurs une autre richesse de la région, avec des villes charmantes comme Rochefort, des sites remarquables comme l’ancien port fortifié de Brouage et une kyrielle de fortifications. Sur un registre plus paisible, mais très photogénique, on peut également citer les pêcheries qui jalonnent la côte.
Bref, il y a de quoi se faire plaisir !

Mais au-delà des attraits touristiques de la région, ce voyage a également été l’occasion de constater l’ampleur des agressions qui frappent le littoral.
La première m’a sauté au yeux en arpentant les dunes de la pointe de la Coubre ou de l’île d’Oléron. Il s’agit de l’invasion du plastique Les déchets les plus visibles, morceaux de filets de pèche, bouteilles, chaussures… (la liste peut être prolongée à l’infini), jonchaient la plage. Ce triste spectacle n’était pas étonnant après la tempête qui avait soufflé quelques jours auparavant.En revanche, ma véritable surprise est venue lorsque je me suis agenouillé plus haut sur la dune, hors de portée des vagues, pour prendre quelques photos. Là, j’ai découvert une quantité saisissante de petits objets ou de fragments érodés de quelques millimètres. Cette pollution est discrète et se remarque à peine lorsque l’on se promène, mais il suffit de se poser quelques minutes et d’observer le sable, pour se rendre compte de son ampleur. On réalise alors que le phénomène est définitif, tant ces micro-déchets sont incorporés au sable.
Un joli cadeau de notre époque !

L’autre phénomène, particulièrement visible sur cette côte, est l’érosion du littoral. Nul part ailleurs, je n’avais été témoin d’un tel grignotage de la mer sur la terre. C’est encore une fois à la Pointe de la Coubre, au niveau de la Plage du Galon d’Or, que les choses se passent.
Tempête après tempête, les vagues et les courants ont érodé le mince cordon de sable qui protège la forêt en retrait. Jusqu’au jour où la barrière naturelle a cédé et la mer a envahi une parcelle. Il y a quelque chose de profondément émouvant à pénétrer dans cette forêt engloutie, à marcher entre les sinistres silhouettes d’arbres morts, à regarder les vagues lécher les souches.On a beau se dire que le trait de côte est dynamique, que rien n’est figé dans le temps, voir ce paysage devant soi donne à réfléchir sur la façon d’appréhender de telles transformations.
Pour donner un peu de perspective, il faut imaginer que le phare de la Coubre a été construit au début du XXème siècle à 1,8 km du rivage. 120 ans plus tard, ce ne sont plus que 150 mètres qui le séparent de l’océan. Et sa disparition est aussi inéluctable que celles de ses deux prédécesseurs.


Juin 2023
Il y a quelques années, à l'occasion d'une randonnée sur un tronçon du chemin de Saint-Jacques-de-Compostel, entre Le Puy-en-Velay et Conques, j'avais traversé une partie du plateau de l’Aubrac et de la vallée du Lot. L'endroit m'avait fait une forte impression et je m'étais dit qu'il fallait y revenir plus longtemps. C’est en juin dernier que l’occasion s'est présentée et j’y ai séjourné une semaine.
J'ai posé mes valises à Espalion. Une petite ville située sur les bords du Lot, au sud de l’Aubrac, idéale pour rayonner entre le plateau et la vallée. En quelques dizaines de kilomètres, il est facile de découvrir des paysages radicalement différents, agrémentés de leur météo spécifique.
Entre randonnées, visites et sorties photos, voici quelques impressions et images de cette superbe région aux multiples facettes.

Le plateau de l’Aubrac est un joyau pour les amoureux d’espace et de nature. Avec ses 1 200 mètres d’altitude moyenne et son point culminant à plus de 1 400 mètres, cette terre de pâturage est soumise à un climat rigoureux.
Mais si
son visage est austère l’hiver, le printemps déborde de vie. La nature explose et les estives se couvrent d’un tapis de fleurs et d’herbe grasse.
Lors de mon passage, les narcisses sauvages égayaient les prairies de leurs corolles
immaculées, alors que les gentianes protégeaient encore jalousement leurs boutons.

Au mois de juin, c’est donc à un bain de verdure, régénérant et bienfaisant, que le promeneur est convié. Et il n’y a qu’à regarder les vaches et leurs veaux, tout juste montés de la vallée, pour se dire que le bonheur est effectivement dans le pré.
Cette profusion de nature est, il est vrai, favorisée par une météo capricieuse. Les orages, quasi-quotidiens, assombrissent le ciel avec une rapidité déconcertante avant de libérer des trombes d’eau et de grêle. Puis la tourmente passe et la beauté champêtre retrouve sa sérénité.

Gonflés par les pluies diluviennes, les ruisseaux serpentent de toute part sur le plateau. L’eau brune, presque noire par endroit, file et bouillonne sur les rochers, se jette des falaises en cascades étincelantes, grossit les lacs dans lesquels viennent s’abreuver les troupeaux.




Toutefois, ce qui est le plus impressionnant sur ce plateau, c'est l'alchimie entre les horizons sans limite et la profusion d'éléments graphiques qui attirent l'oeil. Le regard alterne en permanence entre la vision panoramique et le détail.
Un coup vous êtes happé par un paysage à perte de vue, qui donne l'impression fugace de marcher dans une steppe mongole ou sur une lande écossaise et la minute suivante, votre regard se fixe sur un buron, piqué sur la ligne d'horizon,
sur un rocher, émergeant de l'eau bouillonnante, ou sur un arbre à la silhouette torturée.
Les points d'intérêt photographiques semblent sans limite.

Rien de tel pour fouetter sa crétivité et tenter quelques exercices nouveaux.
A l'unisson de ces paysages vierges, je me suis amusé à simplifier mes photos, en retirant d'abord la couleur puis en réduisant le format.


Impossible d’explorer toutes les opportunités qu’offre ce territoire en aussi peu de temps. Pour ma part, j'ai préféré concentrer mes sorties photos entre Nasbinals et Marchastel.
Il y aura d'autres occasions pour élargir mes
découvertes.
Comme un contrepoint parfait avec les grands espaces de l'Aubrac, la vallée du Lot représente une frontière naturelle évidente lorsque l’on vient du nord. La rudesse du Massif Central s’atténue aussitôt que l’on entame la descente du plateau et les premières
influences méridionales sont bien visibles dans la vallée.
Cette métamorphose se retrouve dans les villages égrenés le long de la rivière. L’architecture et les matériaux n’ont plus rien a voir. Il plane ici une douceur de vivre bien agréable.
Saint-Côme-d’Olt, Espalion, Estaing… tout ces villages méritent la visite. Et beaucoup d’entre eux sont vraiment photogéniques.

Au-delà, il ne faut pas passer à côté du village de Conques. avec son abbaye des XIème et XIIème siècles, accrochée à flanc de coteau, et entourée de maisons anciennes, le site possède un charme irrésistible. A noter qu'une restauration
extérieure de l'abbaye est en cours et durera jusqu'en 2024. De grands échafaudages entourent le chevet et gâchent la vue pour le moment. Il faudra patienter un peu.
En lien avec l'abbaye, il est interessant de coupler une visite
au musée Pierre Soulage à Rodez, pour découvrir l'artiste à l'origine de la création des vitraux de Conques.
Voici, en quelques lignes, un condensé d'impressions de cette région attachante... en espérant pouvoir rapidement découvrir une autre facette à l'automne.
Juillet 2022
Dans ma liste des meilleurs spots photo, la Corse figure en bonne position. Elle offre à la fois un remarquable patrimoine naturel, une pureté et une diversité de paysages et une vraie qualité d’accueil (quand on prend le soin de venir en dehors de la pleine saison touristique, bien entendu). Mes voyages précédents m’avaient fait découvrir les montagnes, du nord au sud, ainsi que les côtes ouest et sud de l’île. Mais je rêvais d’en découvrir l’extrémité nord. Le Cap Corse !

Voilà qui est chose faite, avec ce séjour d’une semaine qui lui est totalement dédié. En préparant ce voyage, j’ai lu nombre d’articles présentant cette pointe tendue vers le continent comme la perle de l’île. Autant le dire tout de suite, c’est vrai ! (Mais en fait, la Corse est un collier de perles...)

L’isolement, lié à un accès difficile (il y a grosso-modo une seule route qui suit le littoral) et à un relief bien marqué, à maintenu ce territoire en marge de tout ce qui dénature nos côtes. Plus qu’ailleurs, on y admire un littoral totalement pur. Et avec quelques efforts, on découvre des petits paradis, cachés au fil du sentier littoral. Il faut certes choisir la bonne saison, mais il est possible de se retrouver les pieds dans l’eau turquoise, entouré par plus de vaches que d’humains.

Les autres classiques de l’île sont bien présents, comme les tours génoises et les villages accrochés aux reliefs. Alors oui, l’été n’est pas la saison recommandée pour capter le caractère dramatique d’un paysage … mais je m’en suis quand même donné à cœur joie.
